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The Sorority : l’application qui mise sur l’entraide pour mieux accompagner les femmes victimes de violences

Déjà utilisée par 65 personnes à Mayotte, l’application gratuite The Sorority permet aux femmes victimes de violences, de harcèlement ou en situation d’isolement de lancer une alerte en quelques secondes auprès d’un réseau d’entraide géolocalisé. Si son utilisation reste encore limitée sur le territoire, certaines associations mahoraises y voient un outil prometteur pour faciliter l’accès à l’aide et encourager la libération de la parole.

Par LEJDM

Publié le · Heure de Mayotte

Sexisme, Interstats, mnistère de l'Intérieur, CVS, Mayotte

86 % des victimes de violences sexistes sont des femmes

En cas de danger, il suffit de maintenir le bouton d’alerte pendant deux secondes. Une notification est alors envoyée aux cinquante personnes les plus proches.

« Ensemble, partout, maintenant ». C’est la promesse affichée par The Sorority. Créée en 2020 par Priscilla Routier, l’application rassemble aujourd’hui près de 395.000 utilisatrices actives dans le monde.

Son principe est simple : permettre à une femme victime de violences de solliciter rapidement un réseau de soutien géolocalisé. « J'étais en situation où je me sentais en danger face à mon compagnon. Grâce à cette application, j'ai pu trouver une solution », témoigne une utilisatrice.

L’idée est née d’une expérience personnelle de sa fondatrice. En 2019, alors qu’elle traverse une période difficile, Priscilla Routier raconte avoir été profondément marquée par les mots de son médecin : « Je te crois et je suis là pour toi », se souvient-elle. Une phrase qui lui fait prendre conscience de l’importance d’un premier soutien dans les situations de vulnérabilité.

Ancienne responsable de la protection des données dans un grand groupe, elle imagine alors un outil capable de réunir les victimes, les personnes prêtes à leur venir en aide et les structures spécialisées. « Il existait beaucoup d’acteurs, beaucoup d’associations, mais aucun point de rencontre. Et, lorsqu’on est victime, il est souvent difficile de savoir vers qui se tourner », explique-t-elle.

Une alerte transmise aux personnes les plus proches

Le fonctionnement de The Sorority repose sur la géolocalisation.

Le fonctionnement de The Sorority repose sur la géolocalisation. Après une vérification d’identité – comprenant un selfie et une pièce d’identité, supprimés immédiatement après contrôle –, les utilisatrices accèdent à une carte des membres présentes à proximité.

En cas de danger, il suffit de maintenir le bouton d’alerte pendant deux secondes. Une notification est alors envoyée aux cinquante personnes les plus proches, qui peuvent appeler la victime, lui écrire ou proposer de contacter les secours.

« Quand on est en état de sidération, on n’est pas toujours capable d’appeler les autorités. Voir que des personnes se mobilisent immédiatement permet de réduire l’anxiété et de sortir plus rapidement de la situation », souligne Priscilla Routier.

« J'avoue que cela me rassure beaucoup de voir autant de solidarité après avoir vécu l'isolement pendant si longtemps », confie anonymement une utilisatrice.

Une communauté au-delà des situations d’urgence

Pensée comme un dispositif d’alerte, The Sorority se veut aussi un espace de solidarité au quotidien. Les utilisatrices peuvent échanger, partager des conseils ou rejoindre différents groupes de discussion. « L’objectif est de créer une communauté bienveillante, pour que les personnes ne se sentent plus seules, même lorsqu’elles ne sont pas dans une situation d’urgence », insiste Priscilla Routier.

Depuis son lancement, le développement de l’application s’est essentiellement appuyé sur le bouche-à-oreille et les recommandations de ses utilisatrices. « Chaque fois qu’une personne raconte comment elle a été aidée, cela entraîne souvent une vague d’inscriptions », raconte la fondatrice. Un phénomène observé dans plusieurs pays européens, mais aussi désormais dans des territoires plus lointains, comme à Dakar ou à Mayotte.

Un outil jugé « d’utilité publique » à Mayotte

L’application pourrait faciliter le premier appel à l’aide.

Pour Saïrati Assimakou, présidente de l’association Ose libérer ta parole, l’arrivée de cette application répond à un réel besoin sur le territoire. « La situation à Mayotte n’est pas toujours très sûre, cette application est nécessaire, voire d’utilité publique », estime-t-elle, avant d'ajouter : « les associations n’ont pas toujours les moyens nécessaires et ne peuvent pas tout porter. Toute initiative est bonne à prendre, et celle-ci est super ! ».

Selon elle, l’application pourrait faciliter le premier appel à l’aide. « Avant, pour intervenir, il fallait entendre le cri d’une femme. Aujourd’hui, il suffit de recevoir une notification. C’est beaucoup plus accessible », souligne-t-elle.

Dans un territoire où la solidarité occupe une place importante, Saïrati Assimakou y voit également un moyen de rompre plus facilement l’isolement des victimes. « À Mayotte, nous sommes encore au début de la libération de la parole. Cette application peut vraiment nous aider à avancer et à développer cette sororité », conclut-elle.

Joséphine Puig

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