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"Si elle fait des blocages, on le découvrira" : à Longoni, le Département défie Ida Nel

L’EPPCM a officiellement repris mardi la gestion du port de Longoni, mettant fin à 13 ans de délégation à Mayotte Channel Gateway. Les livraisons de conteneurs seraient toutefois bloquées par Manuport, la société d’Ida Nel, qui invoquerait l’absence d’assurance du nouvel opérateur.

Par Mathilde HANGARD

Publié le · Heure de Mayotte

Mayotte, Longoni,

Le port de Longoni, à Mayotte, où l’EPPCM a officiellement pris la gestion de l’infrastructure mardi 1er septembre 2026, après treize ans de délégation à Mayotte Channel Gateway. Léo Vignal / JDM

Ce mardi 1er septembre, l’Établissement public du port de commerce de Mayotte (EPPCM) a officiellement pris les commandes du port de Longoni, après treize ans de gestion par la société Mayotte Channel Gateway (MCG), dirigée par Ida Nel, amputée par une décision judiciaire de résiliation. Mais dès les premières heures, la sortie des marchandises est mise en cause.

D'après un responsable de MCG, aucune livraison de conteneurs n’aurait eu lieu depuis le début de la journée en raison de l’absence d’assurance de l’EPPCM. Cette information intervient alors que le Département-Région assurait ce mardi matin, devant la presse présente au port, que les dispositions nécessaires à la reprise avaient été prises et que la situation était sous contrôle. Dans un contexte logistique déjà tendu, la moindre difficulté à Longoni peut rapidement peser sur l’approvisionnement de l’île.

Le port fonctionne. Pour les livraisons, c’est une autre histoire...

Des conteneurs sont stockés sur le site du port de Longoni, mardi 1er septembre 2026. Léo Vignal / JDM

Pour comprendre le problème, il faut distinguer deux activités. L’EPPCM assure désormais la gestion du port : contrôle des conteneurs, mouvements portuaires et autorisation de sortie. La manutention reste assurée par Manuport, société créée par Ida Nel. C’est elle qui doit notamment prendre les conteneurs, les charger sur les camions et les faire sortir du port.

Jusqu’ici, ces opérations étaient regroupées sous la gestion de MCG. Depuis ce mardi, elles sont séparées. Le premier navire pris en charge par l’EPPCM est le MSC Mila 3. Les marchandises ont déjà été déchargées, certaines depuis deux jours. Mais leur arrivée chez les clients dépend désormais du bon fonctionnement de chaque maillon. C’est précisément ce qui est mis à l’épreuve ce mardi.

Le prétexte du manque d'assurance, des conteneurs qui ne sortent plus ?

La question des assurances avait déjà été soulevée avant la reprise par Ida Nel. L’ancienne gestionnaire de Longoni estimait que le Département-Région n’était pas suffisamment préparé pour prendre la relève. Ce mardi, Freddy Novou, chef de mission au port de Longoni auprès de MCG, affirme que l’absence d’assurance de l’EPPCM empêcherait les livraisons de conteneurs.

Le Département-Région ne nie pas que le dossier soit encore en cours. Zamimou Ahamadi, actuelle présidente de l’EPPCM, indique que les procédures ont été lancées. Elle rappelle également que les entreprises de manutention doivent disposer de leurs propres garanties.

Sur le terrain, elle assure néanmoins que les équipes sont présentes et que l’organisation se met en place. "Il y a toujours quelques réglages le premier jour, c’est normal", explique-t-elle. "On n’est pas à l’abri de surprises, mais les agents sont là, l’organisation est en place", ajoute-t-elle. Le président de l'Assemblée de Mayotte, Ben Issa Ousseni, se veut lui aussi rassurant. Interrogé par notre rédaction ce mardi matin, il répond : "Je viens d’appeler le port de Mayotte, pour le moment les opérations se déroulent correctement". 

Un sabotage informatique entremêlé ?

Mari Attoumani Ben Atchou, face à la presse, ce mardi 1er septembre 2026, au port de Longoni. Léo Vignal / JDM

À la question de l’assurance s’ajoute celle des systèmes informatiques. Jusqu’à présent, le port et la manutention fonctionnaient avec un même système. Depuis la reprise par l’EPPCM, deux systèmes coexistent : celui du nouvel établissement public pour l’activité portuaire et celui de Manuport pour la manutention.

Mari Attoumani Ben Atchou, délégué syndical CGTMa chez MCG, qui se dit satisfait du passage à une gestion publique, affirme qu’un problème informatique toucherait Manuport depuis lundi 31 août au soir. Selon lui, l’ancien système aurait été mis volontairement hors service, alors que le nouveau système de l’EPPCM ne serait pas non plus encore totalement opérationnel. Il estime que cette situation aurait d'ores et déjà des conséquences sur les livraisons. Le syndicaliste se veut toutefois rassurant sur le risque de difficultés d’approvisionnement, parlant de "rumeurs orchestrées" destinées, selon lui, à "mettre en difficulté l’EPPCM". 

L’EPPCM répond : "Le nouveau système est au point" 

Paul Sitbon, président d’U-ERP et responsable de la nouvelle plateforme informatique URP, conteste l’idée d’un problème venant du système du nouvel établissement public. "Le nouveau système est au point et prêt à opérer", assure-t-il. "On a construit des plateformes très vite, le délai était très court, on a automatisé tous les processus du port", explique-t-il.

Selon lui, les processus nécessaires au fonctionnement du port sont opérationnels. Surtout, il écarte l’idée que le nouveau système puisse, à lui seul, bloquer les livraisons : "Les livraisons ne sont pas bloquées tant que le manutentionnaire peut opérer sur sa partie, le port lui est opérationnel sur sa partie aussi". 

La distinction est essentielle. L’EPPCM peut contrôler les conteneurs et autoriser leur sortie. Mais il ne peut pas faire le travail du manutentionnaire. La nouvelle organisation repose donc sur une articulation inévitable entre ces deux acteurs.

Paul Sitbon reconnaît qu’un temps d’adaptation est nécessaire. "Une soixantaine de personnes passe d’un système à l’autre", explique-t-il. Une cinquantaine de personnes doivent également être réembauchées. "Il faut un peu de temps pour que les équipes se stabilisent et que l’organisation soit parfaitement carrée des deux côtés", reconnaît-il.

"Je ne sais pas comment elle pourrait le bloquer"

Henri Dupuis, nouveau directeur du port de Longoni, et Ida Nel, dirigeante de Mayotte Channel Gateway (MCG), échangent au sujet de la gestion du port. Léo Vignal / JDM

C’est à ce stade que les versions commencent à diverger nettement. D’un côté, Freddy Novou affirme que les livraisons sont à l’arrêt en raison d’un problème d’assurance. Mari Attoumani Ben Atchou évoque de son côté un problème informatique chez Manuport et dénonce un sabotage de l'ancien système imputable selon lui à l'ancienne gestionnaire du port.

De l’autre, l’équipe chargée du système informatique de l’EPPCM assure que sa plateforme fonctionne. Le Département-Région affirme que ses équipes sont en place et que les procédures d’assurance sont lancées.

Zamimou Ahamadi ne dit pas craindre un blocage du port par Ida Nel. "Le port fonctionne normalement, je ne sais pas comment elle pourrait le bloquer", estime-t-elle. Elle reconnaît toutefois ne pas pouvoir affirmer qu’elle n’a "aucun moyen de bloquer le port". "Si elle fait des blocages, on le découvrira", ajoute-t-elle.

À Longoni, le bouchon ne s’arrête pas au portail

Et même lorsqu’un conteneur quitte le port, il doit encore rejoindre son destinataire. Or les routes de Mayotte sont déjà fortement perturbées. Depuis plusieurs semaines, les embouteillages sont importants, notamment à Mamoudzou. Dans le nord, la circulation des poids lourds est également sous tension.

En effet, à Koungou, malgré l’annulation de son arrêté du 10 août, la municipalité a déposé un nouveau texte interdisant, à compter de ce mardi 1er septembre, la circulation des camions de plus de 19 tonnes entre Majicavo-Lamir et Kangani, de 5 heures à 14h30. Ainsi, pour les marchandises en provenance de Longoni, cette nouvelle restriction constitue une contrainte supplémentaire pour leur acheminement. Car même lorsqu’un conteneur a été déchargé, contrôlé et autorisé à sortir du port, encore faut-il qu’un camion puisse le prendre en charge et rejoindre sa destination.

C'est donc toute la chaîne logistique qui était sous étroite surveillance ce mardi 1er septembre. Et si les marchandises restent à quai ou ne parviennent pas à circuler, ce seront directement les Mahorais qui en subiront les conséquences.

Mathilde Hangard
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