Le collège de Vahibé (prévu pour 2027) qui prend forme sur les hauteurs du village fait pâlir d’envie les parents de l’école élémentaire Vahibé 1. Car de leur côté, l’établissement scolaire lourdement endommagé par le cyclone Chido, le 14 décembre 2024, est loin de connaître la même émulation. Seul le terrain en friche et les grilles qui l’entourent donnent l’impression qu’il y a effectivement un chantier. “On a vu zéro machine, zéro ouvrier”, constate Ali*, un habitant très engagé dans le village.

Ce lundi matin, il est aux côtés de plusieurs parents, riverains comme lui de cette partie excentrée de la commune de Mamoudzou. “On se sent méprisés !”, poursuit le jeune homme. “Les enfants accumulent un retard qu’ils ne pourront pas rattraper au collège. On sait qu’un élève qui ne va pas à l’école a des chances de se retrouver dans la rue.”
Le petit groupe est patient pourtant. Un projet de réhabilitation, prévoyant de faire passer les onze salles de classes vétustes à un T20 (20 classes), était déjà dans les tuyaux depuis quelques années, avant même l’événement climatique. Le passage du cyclone aurait pu permettre “d’accélérer les choses”, ça ne s’est jamais produit. Pire, rien n’a bougé depuis la pose de la première pierre, le 28 novembre 2025. La mairie de Mamoudzou qui, à l’heure où nous publions cet article, n’a pas répondu à nos questions, avait pourtant promis un chantier estimé à 12,5 millions d’euros et une livraison en “mars 2028”. Selon Aboubacar Abdallah, l’un des parents présents, “aucun lot de travaux n’a été attribué aux entreprises depuis”.
Vahibé 2 pousse les murs
Si les riverains sont aussi inquiets, c’est que le temps presse à Vahibé, un village de Mayotte confronté à une forte poussée démographique et où il existe peu d’alternatives. En effet, il ne restait qu’une seule école dans le bas du village après Chido, Vahibé 2. Depuis fin août, 1.400 élèves dont ceux venus de Vahibé 1 se partageaient la quinzaine de salles avec le système bien connu des rotations. Celles-ci se limitaient à 3h30 de classe par jour.

A la rentrée d’octobre, la Ville de Mamoudzou confirme qu’un total de treize nouvelles classes va accueillir “1.290 élèves” répartis sur les locaux étendus de Vahibé 2 et un site proche que la mairie appelle Vahibé 1. “Les élèves retrouveront un rythme de rotation habituel, avec une classe le matin et une autre l’après-midi. Ils auront 24 heures de cours par semaine”, promet la municipalité.
Cette première réponse ne satisfait que moyennement les parents des élèves de Vahibé 1, qui voudraient en terminer avec le système des rotations. “On sait que quand le T20 sera construit, il sera toujours en place”, constate avec amertume Fatima*, une mère de famille qui a grandi dans le village. “Comment on peut avoir l’attention des enfants quand ils ont cours entre midi et 17h ?”.
Face au manque de travaux et au peu de retours de la mairie, les parents comptent se mobiliser davantage dans les semaines à venir. Ils réclament ainsi une place au comité de pilotage du projet T20 et “plus de transparence”. Outre des actions coup de poing qu’ils comptent entreprendre, ils ont pris attache avec un juriste pour obliger la mairie à engager plus rapidement les travaux. “On veut mettre les élus et la mairie face à leur responsabilité”, prévient Ali*.
Las, les parents craignent déjà que la municipalité réponde qu’elle attend la fin de la saison des pluies pour entamer le chantier, comme l’an dernier.
Alexis Duclos
*Les personnes ayant requis l’anonymat sont également enseignantes dans la commune de Mamoudzou.