Aller au contenu
Le Journal de Mayotte L’info au service de Mayotte

L’actualité de Mayotte et de l’océan Indien

Le journal
en version numérique

Tous les numéros,
sur tous vos écrans.

Mayotte a replongé dans le noir : un réseau électrique sous tension

En moins de dix jours, Mayotte a connu deux coupures générales d’électricité. Derrière ces incidents à répétition, c’est tout un réseau qui montre ses limites, sa fragilité et l’île qui apprend, un peu malgré elle, à vivre sans lumière.

Par Mathilde HANGARD

Publié le · Heure de Mayotte

Samedi 3 janvier, à 8 h 13, Mayotte s’est réveillée sans courant. Six heures plus tard, l’électricité était rétablie, mais le quotidien de l’île avait été perturbé : magasins et entreprises plongés dans l’obscurité, téléphonie mobile et distribution d’eau affectées. Ces incidents, qui se répètent depuis fin décembre, révèlent un réseau électrique fragile, dépendant de seulement deux centrales et sans interconnexion extérieure.

Des coupures qui paralysent l'île 

Kawéni, coupure électricité, EDM, Mayotte
En septembre dernier, le quartier de la Mosquée du Vendredi a connu la plus longue coupure d’électricité de l’île, provoquée par un défaut persistant, rapportait EDM.

La panne n’a pas été qu’un simple désagrément. Certains commerces ont fermé leurs portes, les bureaux ont été plongés dans le noir, et certains habitants ont dû improviser pour cuisiner ou pour se rafraîchir. Seules les structures équipées de groupes électrogènes, comme les hôpitaux et quelques grandes enseignes, ont pu continuer à fonctionner.

Cette dernière coupure faisait suite à un précédent incident survenu le 23 décembre, provoqué par un défaut sur un transformateur de la centrale de Longoni. Depuis cette date, les coupures se sont multipliées, parfois nocturnes, parfois sans préavis. Pour les Mahorais, ces incidents ne sont plus de simples désagréments : l’électricité est devenue une variable instable du quotidien. "La reprise du courant a été compliquée", explique un salarié d’Électricité de Mayotte (EDM) sous couvert d’anonymat. "Passer plusieurs heures sans électricité, ce n’est jamais facile. Il y a eu des défauts, certains graves, qui ont impacté à la fois la production et le réseau". 

Deux centrales, zéro marge

EDM, Mayotte
En mars 2025, les enjeux de sécurité figuraient justement au cœur du litige opposant l’entreprise à son CSE (photographie d'illustration)

La fragilité de Mayotte tient à sa spécificité insulaire. L’île produit seule son électricité et ne bénéficie d’aucune interconnexion avec un autre territoire. Le réseau repose sur seulement deux centrales. "Si on en perd une, l’autre peut se retrouver en difficulté", souligne le même salarié. Même un incident modeste peut provoquer un black-out généralisé.

"En métropole, ça n’aurait pas duré aussi longtemps. L’Hexagone dispose de plus de centrales, réparties sur l’ensemble du territoire, et le réseau est plus dense. Ici, on n’a pas la même puissance, ni le même réseau. Chaque panne prend forcément plus de temps à être résolue".

Depuis le cyclone Chido, les équipes ont priorisé la réalimentation de la population. "Mais toute la partie liée à la sécurité des installations reste à surveiller", précise le salarié d'EDM. Poteaux fragiles, branchements sensibles, respect des normes : le réseau reste sous tension et nécessite une vigilance constante.

Habitants et professionnels pris en étau

Pour les Mahorais, les conséquences sont concrètes : congélateurs vidés, appareils endommagés, eau coupée, nuits chaudes sans ventilation et perturbations dans les activités quotidiennes. Les professionnels, eux, subissent pertes économiques et interruptions de services. Certains envisagent même des groupes électrogènes individuels pour se prémunir des pannes.

"Si on devait respecter les standards métropolitains, on mettrait trop de temps pour réalimenter tout le monde", ajoute le salarié. Ces incidents révèlent aussi la nécessité d’investissements structurels et d’une maintenance renforcée. Le défaut ayant provoqué les dernières coupures a été identifié et devait être corrigé dans les jours suivants, mais la marge de manœuvre du réseau reste limitée.

Un réseau à bout de souffle

Mayotte, cyclone, Chido, électricité, eau, Tsingoni,
Une habitante de Tsingoni vivait avec toute sa famille dans ce seul espace, sans eau, sans électricité et sans réseau, pendant plusieurs jours, après le passage de Chido.

La technique derrière les coupures est implacable. Le réseau combine production thermique, lignes locales et postes de répartition, chacun devant fonctionner en coordination pour éviter un black-out.

La redondance est quasi inexistante. La chute d’un transformateur ou la défaillance d’une ligne suffit à provoquer un black-out complet. La maintenance préventive est complexe. Certaines interventions nécessitent l’arrêt total du réseau, et la gestion des pointes de consommation, lors des soirées ou des périodes de forte chaleur comme à cette saison des pluies, met le système sous pression et peut déclencher des déséquilibres immédiats.

En dix jours seulement, deux black-out ont rappelé à la population de Mayotte que l’électricité n’est pas un service acquis. Chaque coupure constitue un rappel brutal de la vulnérabilité du réseau, dépendant à la fois d’infrastructures limitées et de décisions techniques complexes, plus d'un an après le passage du cyclone Chido.

Mathilde Hangard

Le Journal de Mayotte

Abonnez-vous au Journal de Mayotte

Toute l’actualité de Mayotte et de l’océan Indien en accès illimité, où que vous soyez.

  • Accès illimité
    à tous nos articles
  • Sur tous
    vos appareils
  • Restez informé
    alertes et newsletters
  • Soutenez un média local

Abonnement annuel

190 €/ an

  • Accès illimité au site
  • Tous vos contenus sur tous vos appareils
  • Soutien au journalisme local

Choisissez votre mode de paiement

Paiement 100 % sécurisé

En cliquant sur ce bouton, vous acceptez nos conditions générales de vente.

Météo & mer

Mamoudzou · Mayotte

Chargement des prévisions…

Météo marine

Mayotte et son lagon

…

Prévision du modèle NOAA GFS-Wave (mailles d’environ 28 km, ), lissée pour l’affichage : valeurs indicatives, atténuées dans le lagon par la barrière de corail. Ne remplace pas les bulletins officiels : vigilance Météo-France. Fond © OpenStreetMap, balisage © OpenSeaMap.