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Le procès de l'extrême violence pour des abribus, face à des policiers en sous-effectif

« J’ai travaillé longtemps dans les banlieues marseillaises, mais je n’ai jamais vu autant de violence. A la fin, on n’avait plus de munitions ! » Un des policiers nous rapporte les faits qu’un de ses collègues répètera devant le juge. Face à eux ce 29 janvier à 6h du matin, 150 jeunes, collégiens pour la plupart, qui ont caillassé des forces de l’ordre en sous effectif pendant plus de trois heures

Par Anne Perzo

Publié le · Heure de Mayotte

Une pierre qui peut coûter cher aux jeunes et à ses parents (Image d'archives)

Dans la salle d’audience, il y a un gros décalage entre la violence des faits et le nombre de prévenus. Houlame* comparait en effet seul à la barre, un des seuls majeurs interceptés. Mais du côté des mineurs, ils ne seraient que trois seulement à être traduits devant le tribunal pour enfants. Plutôt maigre comme réponse judiciaire, quand on sait qu’ils étaient environ 150 à agresser les policiers ce matin là. Avec comme prétexte, l’implantation d’abribus pour les protéger de la pluie. Des actes d’autant plus intolérables qu’ils sont le fait de collégiens selon les policiers. La plupart avaient le visage dissimulé.

Deux d’entre eux, dont l’un en tenue, s’avancent face au juge pour retracer le déroulé des faits. « A 5h30, on nous appelle pour nous signaler que des collègues sont bloqués à Tsararano. Mais dès que nous arrivons à Tsoundzou, des barrages nous bloquent, tenus par une quarantaine de jeunes que nous repoussons vers le pont de Kwalé. Là, beaucoup convergent, et ils sont rapidement 150. Nous avons tiré toutes nos munitions, 80 grenades en tout, dans un face à face très violent. Non loin de la station Total, ils mettent le feu à des poubelles. Un peloton de gendarmerie de passage nous vient en aide, ça a duré 3 heures et demie au total. J’ai exercé dans les quartiers chauds des Yvelines, où il y a des violences contre les forces de l’ordre. Mais jamais comme nous l’avons vécu ce matin du 29 janvier 2019 ! On a fini par fuir avec des collègues blessés. »

Le président de l’audience, Daniel Rodriguez a prévenu, « ce ne sera pas le procès de l’organisation du maintien de l’ordre ce jour là ! » On s’interroge quand même sur l’absence d’envoi de renforts massifs à des policiers qui sont en grande difficulté, et sur le hasard qui amène comme une fleur une unité de gendarmerie, ce qui sous-entend que l’information n’était pas passée. Surtout qu’à la lecture des chiffres, on comprend que jamais autant de force de l’ordre n’ont été présentes à Mayotte…

Un symbole de la jeunesse mahoraise

Le commissaire Jos avait également été blessé (Image d'archives)

Un raisonnement que fait également le juge : « Il n’y a pas eu d’anticipation ?! Les services des renseignements généraux n’ont pas informé votre direction ? » Un directeur justement qui a fini par se rendre sur place, et qui n’a pas été épargné, puisque le commissaire Philippe Jos a été blessé à la poitrine et à la cheville ce jour là.

Un procès d’autant plus décalé, que manifestement, le prévenu n’est pas un des plus durs, même s’il est reconnu sur plusieurs photos comme lanceur de pierres. Il s’excuse spontanément : « Je demande sincèrement pardon aux policiers, je sais qu’il font un travail très difficile, et qu’ils nous aident. J’en ai pris conscience depuis que je suis au RSMA. »

Houlame pourrait même être un symbole de la jeunesse mahoraise. Entouré par sa maman qui lui interdit de participer à la bataille rangée, il ne l’écoute pas, « je n’ai pas pu m’empêcher de faire pareil que les autres, j’avais reçu du gaz », violent au moment des faits, et responsable lorsqu’il est pris en charge au sein d’une structure. Ne voulant pas tomber dans une morale trop facile, Daniel Rodriguez faisait néanmoins remarquer que d’autres collégiens, « plus jeunes que vous », interrogés par la suite, diront qu’ils n’ont pas voulu se joindre à la « meute », « ‘nous ne sommes pas des délinquants’, ont-ils répondu, comme quoi, on n’est pas obligé de suivre ! »

« Il aurait pu y avoir mort d’homme »

Le tribunal de grande instance à Mamoudzou

Me Fatima Ousseni qui défend les gendarmes, alerte, « les jeunes se sont constitués une réserve de pierres, il aurait pu y avoir mort d’homme », avant de détailler les blessures de 8 policiers, « dont l’un a eu les cotes cassées, lui provoquant 10 jours d’ITT ». Elle demandait des amendes allant de 900 euros à 2.300 euros par policier en fonction de la gravité des blessures.

Si la substitut du procureur Morgane Pajak-Boulet glisse que « pour les Renseignements généraux, sans doute, tout service est perfectible, elle ne veut pas « noyer le débat » qui minimiserait le rôle de Houlame, « il a été pris dans la meute ». Sa réinsertion fera malgré tout pencher la balance, puisqu’elle demandait 18 mois avec sursis, et mise à l’épreuve, et indemnisation des victimes.

Au contraire, pour son client, Me Ibrahim se défendait « d’enfumer le prétoire en évoquant une mauvaise organisation de la police. On avait les moyens nécessaires pour arrêter ça. Mais comme toujours sur ce territoire, on prend les choses à la légère ! » Et de reprocher que les images de caméras de surveillance n’aient pas été exploitées.

Dans sa collégialité, le tribunal aura tenu compte de la volonté d’insertion du jeune, et le condamnait à 10 mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve de 2 ans. Le dossier sur intérêt civil a été renvoyé devant le Tribunal pour enfant.

A.P-L.

* Prénom d’emprunt

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