« Ce que vivent les agents aujourd'hui n'est plus tolérable », déclare Saïd Hachim, représentant syndical CFDT au Département-Région. Rassemblés devant l’hémicycle Younoussa Bamana depuis le mardi 27 octobre, les grévistes portent des revendications qui dépassent le seul cadre statutaire, mettant en avant des difficultés matérielles et structurelles au sein de la collectivité.
Au centre des contestations figure le dossier de la Cité administrative de Coconi. Destiné à regrouper les services et à désengorger Mamoudzou, le projet est actuellement à l'arrêt, alors que des fonds publics ont déjà été engagés. « D'après les éléments financiers dont nous disposons, deux millions d’euros ont été consommés depuis le lancement du projet en 2018, et le permis de construire n’a toujours pas été déposé, affirme Saïd Hachim. Nous demandons une clarification sur l'utilisation de cet argent ».
Deux millions d’euros engagés

Pour les représentants du personnel, le blocage ne relève pas d'une contrainte budgétaire. « Le Département a communiqué sur un excédent de 80 millions d’euros. Pour une Cité administrative estimée à 45 millions d'euros, la collectivité a la capacité d'entamer les travaux, estime le syndicaliste. L'argument financier ne tient pas ».
Face aux retards, la direction générale a avancé la mise en place de structures modulaires, une solution d'attente refusée par les agents. « Proposer des préfabriqués à des agents qui attendent des lieux de travail adaptés n'est pas une réponse, poursuit Saïd Hachim. Les plans existent, ils ont été validés par délibération et présentés en Comité social territorial (CST). Les agents attendent des bâtiments définitifs, pas du provisoire ».
Bureaux insalubres et détresse psychologique

Dans les faits, les conditions de travail des agents territoriaux restent particulièrement dégradées. Dans plusieurs services, le manque d'espace contraint les personnels à partager des bureaux exigus, parfois à quatre par pièce. L'état général des bâtiments soulève également des inquiétudes, notamment en raison d'infiltrations d'eau constatées à l'approche de la saison des pluies.
« Beaucoup d'agents n'ont même pas de lieu de travail attitré, souligne Saïd Hachim. On véhicule souvent l'image de fonctionnaires qui ne feraient rien, mais sur le terrain, des centaines de personnes essaient d'assurer leurs missions correctement dans un contexte difficile ». Le syndicaliste évoque un « mal-être profond » ressenti par une partie des équipes.
Signalements au parquet
À cette situation matérielle s'ajoutent des tensions autour de la politique des ressources humaines. L'intersyndicale remet en cause l'attribution de certains régimes indemnitaires accordés à des cadres de la collectivité. « Des montants mensuels compris entre 2.400 et plus de 3.000 euros sont versés au titre de ces indemnités, amenant des salaires globaux à 8.000 ou 10.000 euros sans que cela ne soit justifié par des résultats visibles », soutient Saïd Hachim.

Selon le représentant syndical, des alertes ont été transmises au procureur de la République pour signaler des rémunérations estimées en dehors du cadre réglementaire, sur fond de pressions évoquées par des agents en désaccord avec ces pratiques.
Autre sujet de tension : un signalement anonyme a été adressé à la justice concernant des faits présumés de harcèlement sexuel à la direction de l'Agriculture, de la Pêche et de la Forêt. D'après ce document, une dizaine de personnes auraient été entendues en février 2025 par la gendarmerie de Sada. Après une suspension de quatre mois, le cadre visé a réintégré ses fonctions avant d'être nommé directeur général adjoint par intérim, une décision contestée par plusieurs agents qui dénoncent l'absence de sanctions.
Des négociations ouvertes avec l'exécutif
Pour l'heure, les ouvertures formulées par la présidence — la prise en charge légale de 50 % des frais de transport et l'étude d'un fonds d'aide sociale — sont jugées insuffisantes par les syndicats au regard de l'ensemble des revendications.
Ce jeudi 29 octobre, une rencontre s'est tenue à 11 heures entre les représentants du personnel et la direction générale du Département. Aucun retour officiel n'avait encore été communiqué à la mi-journée sur la teneur des discussions. « La direction générale et l'exécutif doivent mesurer la gravité des dysfonctionnements internes », a insisté Saïd Hachim avant d'entrer en réunion.
En l'absence de réponses concrètes sur la relance du chantier de Coconi et les questions de gestion interne, une nouvelle journée de mobilisation est d'ores et déjà envisagée dès lundi matin.
Léo Vignal