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Entre Daech et notre jeunesse, quels points communs?

Par Anne Perzo

Publié le · Heure de Mayotte

Comment s’étend la radicalisation? Comment aider nos jeunes avant qu’ils quittent le territoire pour des cieux tumultueux syriens ? Et quelles rĂ©ponses leur apporter ? Mais aussi, comment en est-on arrivĂ© là ? Pierre N’Gayane, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du ComitĂ© InterministĂ©riel de PrĂ©vention de la DĂ©linquance, tenait une confĂ©rence sur la prĂ©vention de la radicalisation ce vendredi Ă  Mamoudzou.

La radicalisation, une histoire d'offre et de demande, présentait Pierre N'Gayane
La radicalisation, une histoire d'offre et de demande, présentait Pierre N'Gayane

C’était une intervention de qualitĂ© que les institutionnels et Ă©lus Mahorais ont pu Ă©couter ce mercredi aprĂšs-midi dans l’hĂ©micycle du conseil dĂ©partemental. Pierre N’Gayane, en charge du suivi mensuel des chiffres auprĂšs du premier ministre, Ă©tait venu y prĂȘcher la bonne parole parisienne sur le phĂ©nomĂšne de radicalisation.

En choisissant dĂšs le dĂ©but de scinder le radicalisme entre l’offre d’un cĂŽtĂ©, reprĂ©sentĂ©e par Daech et consorts, et la demande, ces «partants» pour la Syrie, il permettait de proposer respectivement un retour sur la genĂšse du radicalisme, et un questionnement sur les raisons de la bascule de certains jeunes.

Le terrorisme, c’est pas nouveau, rappelle en substance notre confĂ©rencier qui Ă©voque le dĂ©tournement de l’Airbus A300 par le GIA sur le tarmac d’Alger en 1994 «avec comme objectif de se planter sur la tour Eiffel», l’attentat du RER Ă  Saint Michel l’annĂ©e suivante, le gang de Roubaix en 1996...

« Tout commence par l’invasion soviĂ©tique en Afghanistan »

Parmi le public, lles parlementaires Thani Mohamed Soilihi, et Boinali Saïd, les sous préfets, le conseiller départemental Issa Abdou, le colonel de gendarmerie Jean Gouvard, le commissaire de Police Muziniak...
Parmi le public, les parlementaires Thani Mohamed Soilihi et Boinali Saïd, le procureur Joël Garrigue, les sous préfets, le conseiller départemental Issa Abdou, le colonel de gendarmerie Jean Gouvard, le commissaire de Police Muziniak...

Mais il rappelle que la traduction violente du « djihadisme », qu’il diffĂ©rencie du djihad, le combat intĂ©rieur de tout musulman pour surmonter le mal, prend sa source dans la guerre d’Afghanistan, en 1979, lors de l’invasion de ce pays par l’URSS : le « petit djihad » habituellement pratiquĂ© comme une dĂ©fense en cas d’attaque, va bientĂŽt basculer dans l’action, « car en soutenant les afghans, nous le lĂ©gitimions ».

Abdallah Azzam, l’imam du jihad, « conceptualise le martyr », Ben Laden n’a plus qu’à l’exploiter.

D’autre part, les soviĂ©tiques ressortent fragilisĂ©s d’Afghanistan. « Nous allons alors pousser les Irakiens, armĂ©s par les Etats Unis, Ă  entrer en guerre contre l’Iran aprĂšs la chute de leur Chah en 1980 ».

Sur le plan territorial, en 1916, la dĂ©limitation des frontiĂšres par la Grande Bretagne et la France dans la rĂ©gion du Golfe est peu prĂ©cise, ne correspond pas aux promesses. Elle suscite les revendications de l’Irak sur le KoweĂŻt qui dĂ©bouchent sur la guerre du Golfe et l’intervention militaire internationale contre l’Irak en 1990.

Revendications territoriales

De la radicalisation au terrorisme,
De la radicalisation au terrorisme, "un iceberg qu'il faut contrĂŽler dĂšs la base", selon Pierre N'Gayane

Oussama Ben Laden, en rupture avec l’Arabie Saoudite, s’exile au Soudan, puis en Afghanistan, « il passe au jihad global, et porte les coups Ă  l’extĂ©rieur ». C’est alors une succession d’attentats dont le plus spectaculaire touche les Tours jumelles en 2001, puis ce sera Nairobi, Dar Es Salam


Les Etats Unis dĂ©cident alors d’envahir l’Irak en 2003 sans mandat de l’ONU. « Se crĂ©e alors un mouvement en MĂ©sopotamie, Al-QaĂŻda, dirigĂ© par Abou Moussab al-Zarqaoui, ‘le boucher de Bagdad’, et au Maghreb, AQMI ». De plus, avec Saddam Hussein, c’est un sunnite que les amĂ©ricains font tomber, confiant le pouvoir aux 70% de chiites du pays. Les sunnites exclus, « c’est une intelligentsia militaire qui se rĂ©volte en surfant sur la lame de fond d’Al-QaĂŻda en Irak », mouvement Ă  l’origine de Etat islamique. C’est la naissance de Daech, « dont l’objectif est de reconstituer un califat. On peut donc dire que parler de motivation religieuse est une escroquerie intellectuelle », conclut Pierre N’Gahane.

Un postulat qui ne satisfaisait pas toute l’assistance, « le conflit israĂ©lo-palestinien tĂ©moigne que la dimension religieuse ne peut ĂȘtre exclue », remarquait le conseiller dĂ©partemental Issa Abdou.

Un projet que Daech veut universel, d’oĂč l’embrigadement international, « mĂȘme en NorvĂšge, pourtant le pays le plus riche d’Europe », lance Pierre N’Gayane. Et pour draguer les foules, les mĂ©thodes sont simples : la promesse d’un rĂ©gime « qui correspond Ă  la situation de trĂšs grande vulnĂ©rabilitĂ© de ces jeunes. Un rĂ©gime qui ne laisse rien passer, mais oĂč l’ensemble, qui dĂ©fend la veuve et l’orphelin, semble juste ».

Une grosse poignĂ©e de dollarsPrévention radicalisation

Selon lui, Daech, c’est 10 millions d’habitants, et des ressources en puits de pĂ©trole avoisinant les 15 milliards de dollars. Face Ă  ces moyens, les Etats occidentaux tentent d’endiguer la radicalisation de leurs jeunes, « avant qu’ils basculent vers l’extrĂ©misme puis le terrorisme ». Un iceberg Ă  trois Ă©tages.

La loi de 1905 garantissant la libertĂ© de conscience, comment cerner sans stigmatiser ? C’est lĂ  que notre systĂšme connaĂźt ses propres faiblesses, car si pour Pierre N’Gahane, le salafiste (retour Ă  l’islam des origines) plaçant les lois religieuses au dessus de la loi RĂ©publicaine n’est pas pour autant un fou, cette incompatibilitĂ© devrait provoquer des signaux d’alerte Ă  minima.

C’est au grand public que dĂ©cide de s’adresser le gouvernement le 20 avril 2014 pour tenter de cerner de futurs partants vers la Syrie, avec la mise en place d’une plateforme au sein de l’UnitĂ© de coordination et de lutte anti-terroriste. DotĂ©e d’un numĂ©ro vert* qui a reçu 12.000 appels, dont 3.000 situations Ă  risque. Les services de renseignements des Etats major de sĂ©curitĂ© en ont signalĂ© 4.000 supplĂ©mentaires.

Pas de profil type

"Pas de profil type"

Si certains sont farfelus, « comme les accusations de radicalisation pour se dĂ©barrasser de son conjoint », d’autres sont longuement entendus, « une famille musulmane depuis 10 gĂ©nĂ©rations ne reconnaĂźt plus le langage tenu par leur fille ». Car sur les 7.000 personnes « à risque », elles sont 34% quand mĂȘme
 25% sont des mineurs, et 36% des convertis. En contradiction avec l’affirmation du confĂ©rencier quelques minutes plus tard, « on peut Ă©vacuer la dimension religieuse, trĂšs peu sont dans l’esprit d’une conversion. » On Ă©vite ainsi de stigmatiser une religion, mais en risquant de passer Ă  cĂŽtĂ© de solutions appropriĂ©es. Comme celle de la maĂźtrise du Coran par des imams pas toujours Ă  l’aise avec la langue arabe.

Il n’y aurait pas de profil type : « ça va du jeune qui veut s’affranchir de l’autoritĂ© parentale pour se rĂ©aliser ailleurs, au dĂ©linquant multirĂ©cidiviste, en passant par le jeune en grande interrogation identitaire. Un garçon Ă©tait issu d’une grande famille juive, dont les deux parents Ă©taient cadres supĂ©rieurs » 

Des jeunes qui trouvent une solution dans ce « marché des illusions », « comme ils se seraient suicidés ou drogués ou laissés embrigader dans une secte. » A Mayotte, cinq cas sont signalés.

Le travail en amont n’est pas de son domaine, « c’est celui des associations qui accompagnent et plus tard, aident Ă  rĂ©insĂ©rer ces jeunes ».

En conclusion, « si l'URSS n’avait pas envahi l’Afghanistan, on n’en serait pas là ! » Un mouvement qui surfe sur le mal de vivre des jeunes et moins jeunes, et pour lesquels aucun remĂšde miracle n’a encore Ă©tĂ© trouvĂ©.

Anne Perzo-Lafond Le Journal de Mayotte

*0800 005 696

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