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El Niño de retour : quels risques pour Mayotte et l’océan Indien ?

À plus de 15.000 kilomètres de Mayotte, un puissant El Niño est en formation dans le Pacifique. Un phénomène climatique mondial qui pourrait pourtant avoir des conséquences bien concrètes sur l’île, du lagon aux conditions météorologiques des prochains mois.

Par Victor Diwisch

Publié le · Heure de Mayotte

Prévision des anomalies de température de surface de l'océan mondial par l'ECMWF pour l'automne 2026. Le réchauffement marqué du Pacifique équatorial central et oriental (en rouge) est caractéristique d'un épisode El Niño. (ECMWF).

Un nouvel épisode El Niño est en train de se dessiner dans le Pacifique tropical a alerté l'Organisation météorologique mondiale (OMM), qui appelle déjà les États à s’y préparer, dans un communiqué la semaine dernière. Selon ses dernières prévisions, la probabilité de voir s’installer El Niño entre juin et août 2026 atteint 80 %, avec plus de 90 % de chances que le phénomène persiste jusqu’à la fin de l’année. Les modèles climatiques envisagent un épisode de forte intensité. Certains parlent même de l'un des plus puissants épisodes jamais observés.

Une perturbation océanique localisée qui entraîne des réactions en chaîne

El Niño peut en particulier influencer les conditions climatiques sur les territoires d’Outre-mer situés dans les régions tropicales et subtropicales, indique Météo France. (Météo France).

À première vue, l’affaire pourrait sembler lointaine pour les habitants de Mayotte. Car El Niño prend naissance à plus de 15.000 kilomètres de là, dans le Pacifique équatorial. Pourtant, ce phénomène climatique figure parmi les plus influents à l’échelle mondiale et ses répercussions se font sentir jusqu’à l’océan Indien.

El Niño correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial central et oriental. En temps normal, les alizés poussent les eaux chaudes vers l’ouest du bassin, vers l’Indonésie et l’Australie. Lors d’un épisode El Niño, les vents s'affaiblissent et les eaux chaudes se déplacent vers les côtes de l’Amérique du Sud. Ce bouleversement modifie la circulation atmosphérique tropicale et déplace les zones de pluies et de sécheresse à travers le globe.

C’est ce que les climatologues appellent une "téléconnexion", c'est à dire une perturbation océanique localisée qui entraîne des réactions en chaîne dans l’atmosphère mondiale. Résultat, certaines régions connaissent davantage de précipitations, tandis que d’autres subissent sécheresses, vagues de chaleur ou événements météorologiques extrêmes. L’OMM avertit ainsi que ce nouvel épisode pourrait accentuer les risques de phénomènes extrêmes au cours des prochains mois.

Selon Météo-France, l’épisode attendu à partir de l’été 2026 pourrait également contribuer à faire remonter la température moyenne mondiale vers des niveaux proches, voire supérieurs, aux records observés ces dernières années. L’effet d’El Niño viendrait alors s’ajouter au réchauffement climatique d’origine humaine.

Dans le sud-ouest de l’océan Indien, les conséquences sont plus difficiles à prévoir avec précision. Les spécialistes rappellent que les impacts locaux dépendent de l’intensité de l’épisode et des interactions avec d’autres mécanismes climatiques régionaux. Mais El Niño influence aussi l’activité cyclonique mondiale et modifie les régimes de températures et de précipitations dans de nombreuses régions tropicales.

Les coraux exposés aux vagues de chaleur marines

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Des coraux touchés par le blanchissement. (Illustration).

Pour Mayotte, la principale inquiétude concerne le réchauffement des eaux du lagon. Cette menace est prise d'autant plus au sérieux que les récifs coralliens mahorais ont déjà subi plusieurs épisodes majeurs de blanchissement, notamment lors du puissant El Niño de 2015-2016. Plus récemment, en 2024, les vagues de chaleur marines qui ont affecté les récifs du monde entier ont également touché ceux de Mayotte.

Lorsque la température de l'eau reste anormalement élevée pendant plusieurs semaines, les coraux expulsent les microalgues et deviennent particulièrement vulnérables. Si le stress thermique persiste, une partie des colonies peut mourir. À Mayotte, les conséquences ont été particulièrement sévères : selon une étude du Parc naturel marin, le blanchissement observé en 2024, combiné à la forte houle générée par le cyclone Chido, a entraîné une mortalité moyenne de 66 % des récifs coralliens du territoire.

Un nouvel El Niño pourrait accroître le risque de vagues de chaleur marines dans plusieurs bassins tropicaux, dont l’océan Indien, même si l’ampleur exacte de ce risque reste encore difficile à quantifier plusieurs mois à l’avance.

Des précipitations plus abondantes, des températures plus élevées

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La rivière de M'tsapéré en crue après de fortes pluies en mars 2026 (Illustration).

Mais à Mayotte, les conséquences potentielles d’El Niño ne se limitent pas aux récifs coralliens. Contrairement à l'image souvent associée au phénomène, synonyme de sécheresse dans certaines régions du monde, Mayotte, mais aussi La Réunion, connaît généralement des conditions plus humides lors des épisodes El Niño.

Cette particularité s'explique par sa position dans le sud-ouest de l'océan Indien et par l'influence du dipôle de l'océan Indien, un autre phénomène climatique qui joue sur la répartition des températures de surface de la mer dans le bassin. Comparable à El Niño mais à l'échelle de l'océan Indien, ce mécanisme peut modifier la circulation atmosphérique dans la région. Lorsqu'il interagit avec El Niño, il tend à favoriser des précipitations plus abondantes sur Mayotte, notamment au début de la saison des pluies.

Selon Météo-France, les épisodes El Niño sont ainsi généralement associés à des cumuls de pluie excédentaires sur le territoire mahorais. Les températures ont également tendance à être supérieures aux normales de saison. Concrètement, cela pourrait se traduire par des conditions plus chaudes et plus humides, renforçant le ressenti de chaleur pour les habitants.

Cette hausse des températures concerne aussi l'océan. Des eaux de surface plus chaudes favorisent les échanges d'énergie avec l'atmosphère et peuvent influencer l'intensité de certains phénomènes météorologiques. Dans une région régulièrement exposée aux cyclones tropicaux et aux épisodes de fortes pluies, chaque anomalie climatique supplémentaire est donc suivie de près par les scientifiques.

Pour l’heure, les prévisionnistes restent prudents. Si l’installation d’El Niño paraît très probable, son intensité exacte demeure encore incertaine, surtout dans l'océan Indien. Météo-France souligne qu’il est encore trop tôt pour affirmer que l’épisode atteindra le niveau des événements exceptionnels de 1997-1998 ou 2015-2016.

Les impacts d'El Niño dépendront de la temporalité du l'épisode, de son amplitude, et de la circulation atmosphérique de grande échelle associée.

Victor Diwisch
Le Journal de Mayotte

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Prévision du modèle NOAA GFS-Wave (mailles d’environ 28 km, ), lissée pour l’affichage : valeurs indicatives, atténuées dans le lagon par la barrière de corail. Ne remplace pas les bulletins officiels : vigilance Météo-France. Fond © OpenStreetMap, balisage © OpenSeaMap.