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CHM : plus de 100 sages‑femmes, la maternité de Mamoudzou se passe de la réserve sanitaire

Après des années de pénurie, le Centre hospitalier de Mayotte dispose désormais d’un nombre suffisant de sages‑femmes pour fonctionner sans recourir à la réserve sanitaire. Mais ce retour à un effectif « suffisant » ne dit pas tout sur les défis persistants de l’attractivité médicale dans le plus grand désert médical de France.

Par Mathilde HANGARD

Publié le · Heure de Mayotte

CHM, urgences, maternité, pénuries

Depuis quelques semaines, la maternité du Centre hospitalier de Mayotte à Mamoudzou, est désormais en capacité de fonctionner sans recourir à la réserve sanitaire pour les effectifs de sages‑femmes.

Dès le début de l’année 2025, l’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte a engagé un plan inédit pour renforcer durablement les effectifs de professionnels de santé au Centre hospitalier de Mayotte (CHM). Un levier financier renforcé pour attirer les soignants, associé à un plan d’appui structurant avec des partenaires hospitaliers, a permis une hausse significative des recrutements de sages‑femmes et, selon l’ARS, la fin progressive du recours à la réserve sanitaire dans les services de périnatalité. Une avancée institutionnelle bienvenue dans un territoire confronté à une pénurie chronique, mais dont les maternités périphériques restent absentes du paysage obstétrical.

Deux leviers pour renforcer les effectifs

Depuis deux ans, les maternités de Dzoumogné et Mramadoudou restent fermées, faute de sages‑femmes en nombre suffisant, obligeant les femmes à se rendre à Kahani, Mamoudzou ou Pamandzi pour accoucher.

D'après l’ARS,  dès 2025, "l’Agence régionale de santé, en lien avec le ministère, a engagé un travail approfondi visant à renforcer l’attractivité territoriale de Mayotte et à améliorer durablement les recrutements de professionnels de santé au Centre hospitalier de Mayotte".

La stratégie reposait sur deux grands volets : l’attractivité financière et un soutien organisationnel au CHM. Les mesures financières ont consisté, notamment, en une refonte des indemnités spécifiques d’exercice (IPE). Concrètement, cela signifie que la durée minimale d’engagement a été réduite à deux ans, que le montant des primes peut atteindre l’équivalent de sept mois de traitement annuel, et que les engagements des médecins contractuels peuvent désormais être renouvelés.

L’ARS précise  que "cette dynamique s’est également étendue aux sages‑femmes. En tant que professionnelles relevant d’un statut médical spécifique au sein de la fonction publique hospitalière, elles bénéficient désormais de l’application de l’IPE au sein du CHM. Une prime d’engagement est ainsi ouverte aux sages‑femmes qui choisissent de s’engager pour une durée de deux ans, constituant un signal fort en faveur de la reconnaissance et de la valorisation de leur rôle essentiel".

En parallèle, la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) a lancé un appel à manifestation d’intérêt auprès de groupements hospitaliers de territoire (GHT) et de centres hospitaliers universitaires (CHU) pour renforcer l’appui au CHM. L’ARS mentionne que "plusieurs établissements se sont d’ores et déjà positionnés pour accompagner le CHM dans cette démarche. Des travaux et analyses sont en cours avec, notamment, le CHU de Rennes pour la filière infectiologie et l’EPSMR de La Réunion pour la psychiatrie…". 

107 sages-femmes et fin de la réserve sanitaire

Grâce à ce dispositif, l’agence souligne que "les recrutements de sages-femmes sont repartis à la hausse, avec une moyenne de plus de 107 sages-femmes présentes au CHM au cours du second semestre 2025. Dans cette dynamique, la réserve sanitaire a été mobilisée de manière dégressive et la maternité de Mamoudzou pourra, dès fin janvier, fonctionner dans des conditions normales, sans avoir recours à la réserve sanitaire". 

Cette mobilisation dégressive illustre que " l’offre en sages‑femmes au CHM est redevenue progressivement suffisante pour faire face aux besoins", rapporte l’ARS.

Maternités périphériques : des centres de proximité plutôt que des accouchements

INSEE, Mayotte, naissances
La maternité de Mramadoudou est désormais remplacée par un centre périnatal opérationnel, tandis que celui de Dzoumogné devrait ouvrir prochainement, assurant un suivi de proximité pour les femmes et les nouveau-nés.

Si la stabilisation des effectifs au CHM représente une avancée majeure, les anciennes maternités périphériques restent fermées, laissant certaines zones de l’île éloignées de tout service obstétrical. Pour pallier ce manque, l’ARS a travaillé avec l’hôpital à la création de centres périnataux de proximité.

"La question des anciennes maternités périphériques a été travaillée en lien étroit avec l’établissement, afin de permettre l’ouverture de centres périnataux pluridisciplinaires", explique l’autorité sanitaire. Ces structures assurent des consultations prénatales et postnatales, des cours de préparation à la naissance, d'éducation aux soins du nouveau-né et suivi de la planification familiale. L’objectif est de sécuriser le parcours des parturientes et des nourrissons, au plus près de leur domicile, même si elles ne permettent pas d’accoucher sur place.

Pour les habitantes des communes éloignées de Mamoudzou, ces centres représentent un suivi de proximité essentiel, offrant un accompagnement régulier et rassurant tout en déchargeant le CHM des consultations de routine. Comme le rappelle l'agence, ces structures contribuent à étendre l’accès aux soins périnataux sur l’ensemble du territoire, une étape cruciale dans un contexte où Mayotte reste le plus grand désert médical de France.

Derrière ces mesures, le constat reste clair : Mayotte est "le plus grand désert médical de France, avec des difficultés structurelles d’attractivité et un turn-over important des professionnels de santé", rappelle l’ARS. La reconquête des effectifs en sages‑femmes ouvre une parenthèse d’optimisme quant au fonctionnement autonome des maternités du CHM. Mais le défi reste entier pour renforcer l’offre de soins sur l’ensemble du territoire et fidéliser durablement les professionnels sur l’île.

Mathilde Hangard
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