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Au lycée des lumières, des étudiants de BTS contraints de rattraper les cours perdus après Chido grâce à l’IA

Par Mathilde HANGARD

Publié le · Heure de Mayotte

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Ce mardi 9 juin, le lycée des lumières a été de nouveau le théâtre d'affrontements entre jeunes.

Au lycée des Lumières, à Kawéni, les étudiants de BTS se préparent à leurs examens dans un contexte encore marqué par les conséquences du cyclone Chido, survenu le 14 décembre 2024, il y a seize mois. Si les cours ont repris progressivement, les difficultés logistiques restent présentes. Le lycée a aussi dû notamment s’adapter en développant l’usage de supports pédagogiques numériques. À l’approche des épreuves de diplôme, élèves et enseignants avancent ainsi dans un quotidien scolaire fragilisé, hérité de la catastrophe cyclonique.

Une reprise progressive dans un contexte contraint

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L'école de Cavani Sud, à Mamoudzou, dévastée par le cyclone Chido, le 17 décembre 2025.

"Après Chido, l'ancien recteur avait pris conscience qu’il fallait reprendre les cours le plus tôt possible", amorce convaincu, Mickael Carpin, chargé de mission en économie-gestion au sein de l’académie. Après le passage du cyclone, la priorité a été donnée au retour des élèves en classe. Mais cette reprise s’est faite lentement, dans des conditions souvent difficiles. Dans de nombreux établissements de Mayotte, les cours ont été organisés par rotations d’élèves, en fonction de l’état des bâtiments, d'autres établissements scolaires ont mis plusieurs mois avant de rouvrir. Les salles disponibles ont été aménagées au fur et à mesure, dans un contexte qualifié de "dureté de l’après-catastrophe" par l'enseignant en économie-gestion.

Cette volonté de reprise rapide s’inscrivait dans la ligne défendue avec constance par l’ancien recteur, Jacques Mikulovic, qui avait très tôt alerté sur les effets durables des ruptures scolaires dans le 101ème département français après le passage de Chido. Convaincu que chaque semaine perdue risquait d’aggraver des fragilités déjà anciennes, il s’était employé à rétablir le retour des élèves en classe dans les plus brefs délais, en dépit de contraintes matérielles importantes. Son départ, acté le 4 juin 2025, moins de six mois après le cyclone, et alors même que l’année scolaire n’était pas achevée, avait laissé la communauté éducative, comme la presse locale, dans une forme de stupeur silencieuse.

L'ancien recteur de l'académie, Jacques Mikulovic, au collège de Bandrélé, lors de son évaluation des dégâts au sein des établissements scolaires, quelques jours après le passage du cyclone Chido.

Plus d’un an après la catastrophe, les effets du cyclone Chido sur le système éducatif, et notamment sur la scolarité des élèves, demeurent très perceptibles, comme le pressentait l'ancien recteur. "Nos élèves de l’académie de Mayotte, sont des victimes de Chido car ils n'ont pas eu cours pendant plusieurs semaines, certains élèves ont tout perdu pendant le cyclone, et après, tout a été difficile à remettre en route", affirme l'enseignant.

En cause : le temps scolaire perdu, difficile à rattraper dans un système déjà contraint. "On ne peut pas ajouter des heures en plus, car les élèves viennent en bus, avec des horaires précis, c’est impossible d’ajouter du temps scolaire en plus, sinon tout est perturbé", explique-t-il, en évoquant aussi, à demi-mot, les contraintes liées aux conditions de sécurité sur les trajets, qui ne permettent pas de retarder les retours en fin de journée ou en soirée, et continuent, tout au long de l’année, à peser sur l’organisation en entraînant encore des pertes de cours.

À l’approche des examens, notamment pour les étudiants de BTS dont les épreuves débutent à partir du 18 mai 2026, cette accumulation pèse d'autant plus. "On ne récupère pas le retard. Et pourtant, il le faut", résume l’enseignant.

L’IA comme outil d’appoint pédagogique

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Capture d’écran de la plateforme en ligne présentée en classe par le professeur à ses étudiants de deuxième année de BTS, et utilisée par les élèves dans le cadre de leurs apprentissages.

Face à cette situation, des initiatives ont émergé pour accompagner les élèves. Au lycée des Lumières, des supports de cours en version web ont été développés en complément des documents papier. "On donne à nos élèves des supports sur du papier, et sur la plateforme, ils retrouvent des cours avec des quiz et des vidéos explicatives des notions", décrit l’enseignant.

Ces contenus, conçus en HTML, permettent aux élèves de s’exercer de manière autonome. Ils peuvent répondre à des questions, vérifier leurs réponses immédiatement, puis accéder à des explications, parfois sous forme de vidéos. L’objectif est de favoriser la compréhension et l’entraînement, en dehors du temps de classe. "Si on met en place cela, l’élève peut travailler sans son professeur", explique l'enseignant. Une manière de prolonger l’apprentissage à domicile, dans un contexte où le temps en présentiel a été fortement restreint et contraint par les conséquences du cyclone.

Cette démarche s’accompagne d’un effort de formation. En tant que chargé de mission, l’enseignant indique avoir proposé des formations à l’intelligence artificielle dans plusieurs établissements. "J’ai formé environ 150 profs", précise-t-il. L’objectif : permettre aux enseignants de s’approprier des outils capables de générer des contenus pédagogiques ou d’enrichir leurs cours. Une première dynamique avait déjà été engagée en 2025, notamment autour de l’usage d’outils pour préparer certaines épreuves, comme le Chatbot Grand Oral. Depuis, l’approche s’est élargie, avec la volonté d’intégrer ces technologies dans les pratiques pédagogiques.

Entre opportunité et limites

Si ces outils offrent de nouvelles possibilités, leurs limites sont également soulignées. "Avec l’IA, on ne peut pas s’arrêter car il y a toujours des outils nouveaux, les technologies évoluent tellement vite...", observe l’enseignant. Mais il met en garde : "Il ne faut pas tomber dans le piège de la machine qui ferait tout à notre place et ce risque-là, les chercheurs l'ont bien documenté, il faut que cela reste une aide". 

Et dans les faits, à Mayotte, ces dispositifs reposent encore largement sur l’engagement des enseignants. "Le problème, c’est que ce n’est pas notre travail", souligne-t-il. La conception de contenus numériques, la création de vidéos ou l’organisation de plateformes s’ajoutent aux missions habituelles. "Il faudrait qu’il y ait des gens mobilisés tous les jours sur ces outils", estime-t-il.

Pour l’instant, la plateforme utilisée est gratuite, ce qui permet de la déployer facilement auprès des élèves. Elle présente aussi un avantage pratique : elle ne nécessite pas systématiquement une connexion internet, en dehors de l’accès initial et des vidéos. Dans d’autres académies, des structures dédiées à l’intelligence artificielle commencent à se mettre en place. "Nous, on ne sait pas encore...peut-être que ça viendra", indique l’enseignant, évoquant une organisation encore en construction sur le département.

Malgré ces incertitudes, l’initiative traduit une tentative d’adaptation à des contraintes durables. Ces outils sont envisagés comme un moyen de "rétablir des injustices", estime l'enseignant, au sein d'une académie, où les conditions d’apprentissage restent fragiles. Pour Liakine, élève en deuxième année de BTS "Gestion de la PME", au lycée des lumières, que nous avions suivi lors de son stage à La Réunion en janvier dernier, ces supports ne remplacent pas les cours, mais permettent au moins de "réviser tranquillement" et de "mieux comprendre", pour tenter de rattraper un retard qui ne dépend évidemment pas d’eux.

Mathilde Hangard

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