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À Vahibé, un choc d'insécurité provoqué par les heurts entre forces de l'ordre et délinquants

Affrontements, caillassages et barrages : depuis le lancement de l’opération Kingia, les tensions se multiplient dans plusieurs villages de Mayotte, dont Vahibé. Si l’État assume une stratégie de « choc de sécurité » avec des moyens renforcés, à Vahibé, de nombreux habitants dénoncent des interventions ponctuelles aux effets limités, voire contre-productifs, et disent ne constater, pour le moment, aucune amélioration durable de leur quotidien.

Par Victor Diwisch

Publié le · Heure de Mayotte

Police, arme, Mayotte

Selon les habitants rencontrés, la présence des forces de l’ordre crée, malgré elle, de l’insécurité dans le village, en raison des affrontements qu’elle provoque (image d’archives).

La semaine dernière, le jeudi 9 avril, le village de Vahibé a été le théâtre d’affrontements entre les forces de l’ordre et des groupes de délinquants. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent notamment des militaires à bord de fourgons pris pour cible par des jets de pierres. D’autres images les présentent dans la rue, accroupis ou positionnés sur les toits des habitations, procédant à des tirs de gaz lacrymogènes.

Capture d’écran d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux le 9 avril montrant deux membres des forces de l’ordre sur le toit d’une habitation à Vahibé (Mc Oiz/Facebook).

Selon l’horodatage de la vidéo, ces scènes se déroulent aux alentours de 15 h 45. En marge des affrontements, certains habitants apparaissent dans les rues : on distingue notamment un homme tenant la main de sa fille, portant un sac d’école, ainsi que des véhicules circulant encore sur l’axe principal qui traverse le village.

Quand les forces de l'ordre s'en vont, les délinquants "bloquent et caillassent"

Dans le même temps, des scènes d'affrontements et de violences, ont pu se voir également à Dzoumogné, Bouyouni ou encore à Dembéni, après l'annonce du lancement de l'opération "Kingia", par la préfecture, le 7 avril.

À Vahibé, la réaction des délinquants face aux forces de l’ordre est bien connue des habitants. Selon l’un d’eux, rencontré ce 14 avril, "à chaque fois qu’une voiture de police arrive dans le village, ça caillasse".

"Le gros problème, c’est que dès que les forces de l’ordre quittent Vahibé, les délinquants bloquent les routes et caillassent les voitures", ajoute-t-il, sans en connaître précisément les raisons. "La seule chose que je sais, c’est que c’est nous, les habitants, qui subissons tout ça. Sans la police ici, c’est plutôt calme, mais quand ils viennent, on se cache à la maison. Parfois le gaz lacrymogène entre par les fenêtres. La police ne se dit pas qu’il y a des enfants, des bébés, des personnes âgées dans ces maisons", témoigne-t-il encore.

Ces violences soudaines, directement liées aux affrontements entre forces de l’ordre et groupes de délinquants, exposent les habitants à des conséquences dont ils ne sont pas acteurs. Une situation qui s’apparente, de fait, à une forme de choc d’insécurité, en contraste avec l’objectif affiché de l’opération Kingia.

Concentrée sur une période de 2 mois, l’opération Kingia prévoit des décasages, des actions antifraude et des interpellations ciblées pour des "résultats rapides et le rétablissement de l’ordre public", avance la préfecture. © Gendarmerie de Mayotte.

Celle-ci s’inscrit en effet dans une stratégie visant à produire un "choc" de sécurité par un renforcement temporaire mais massif des moyens déployés sur le territoire. L’objectif est d’intensifier rapidement la lutte contre la délinquance, l’économie informelle et l’habitat insalubre, grâce à l’arrivée de renforts venus de l’Hexagone, dont un escadron de gendarmerie et 60 policiers, ainsi qu’à une mobilisation accrue des services judiciaires. Concentrée sur une période d’environ deux mois, l’opération prévoit notamment des décasages, des actions antifraude et des interpellations ciblées, afin de produire des résultats rapides et de rétablir l’ordre public.

"C'est toujours le même refrain"

Mais pour certains habitants du village, réunis dans l’enceinte de l’école élémentaire Vahibé 2, ces interventions ponctuelles des forces de l’ordre ne permettront pas de résoudre durablement la situation. Le village étant "inaccessible pour les forces de l'ordre, même pour le Groupe d'appui opérationnel (GAO)", des opérations sporadiques, sans présence continue ne peuvent fonctionner. À leurs yeux, cette nouvelle opération — après "Wuambushu" en 2023 et "Place nette Mayotte" en 2024 — "ne sert pas à grand-chose".

Des enfants jouent au football à Vahibé, où le calme est revenu après les affrontements entre les forces de l'ordre et des délinquants la semaine dernière. Victor Diwisch / JDM.

"C’est toujours le même refrain. Et quand la police intervient, ça augmente même les violences", déplorent-ils. Pour autant ils reconnaissent l'existence d'un problème d'insécurité au sein du village, notamment aux abords de l'école, mais ne cautionnent pas la méthode pour y répondre. "Certains délinquants vont être arrêtés mais ils vont finir par être relâchés et revenir ici pour recommencer leurs actes", confie une parent d’élève.

Du côté judiciaire, comme l’indiquait le 11 février dernier dans nos colonnes le procureur de la République Guillaume Dupont, une réponse est en cours de structuration pour renforcer la lutte contre la délinquance. Début 2026, le parquet indiquait que 72 mineurs ont déjà été concernés par des mesures comme l’avertissement pénal probatoire ou le couvre-feu individualisé, sans récidive constatée à ce stade. Depuis le mois de février, ces dispositifs sont désormais systématiquement combinés. Une stratégie renforcée, dont les effets restent encore peu visibles pour la population.

Dans une interview accordée à Mayotte La 1ère le 13 avril, Safina Soula, présidente de l’association Collectif des citoyens de Mayotte 2018, déplorait que les habitants, confrontés à l’insécurité depuis plusieurs années, n’aient pas été associés en amont à la mise en place de l’opération. Une décision assumée par le préfet, qui rappelle que le maintien de l’ordre public relève des prérogatives de l’État, tout en assurant travailler en lien avec les maires et les élus.

Mais en attendant, à l'image des habitants de Vahibé, c'est la population, tenue à l'écart de la stratégie de sécurité, qui est plongée dans la confusion, qui en subit les conséquences et qui ne voit pas d'amélioration de la situation à long terme.

Victor Diwisch
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