Aller au contenu
Le Journal de Mayotte L’info au service de Mayotte

L’actualité de Mayotte et de l’océan Indien

Le journal
en version numérique

Tous les numéros,
sur tous vos écrans.

À Mayotte, le dépistage s’invite dans les manzaraka : "J'ai une boule dans le sein, je ne savais pas quoi faire"

Ce jeudi 3 septembre, la campagne de santé des femmes s’est installée place de la République, à Mamoudzou. Des professionnels de santé et des associations y proposaient des informations et des dépistages, notamment autour des cancers du sein et du col de l’utérus.

Par Mathilde HANGARD

Publié le · Heure de Mayotte

Mayotte, Département-Région, REDECA, ASCA, CRCDC,

Venues de Bouéni, Acoua et Hamjago, ces femmes ont fait le déplacement jusqu’à Mamoudzou pour participer à la journée dédiée à la prévention et au dépistage. Mathilde Hangard / JDM.

À Mayotte, la prévention ne se joue pas seulement au centre hospitalier ou dans les cabinets médicaux. Depuis plusieurs semaines, des professionnels de santé vont à la rencontre des femmes directement dans les lieux et événements où elles se retrouvent, en s’appuyant sur les réseaux associatifs. Une démarche qui vise notamment celles qui restent éloignées du dépistage.

Ce jeudi 3 septembre, la campagne s’est installée sur la place de la République, à Mamoudzou. Des stands consacrés à la santé des femmes, à la planification familiale et au dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus accueillaient le public. Le Département-Région, la gendarmerie, le REPEMA, l’ASCA, le CRCDC et ADEP Assurance participaient notamment à cette journée.

Mais pourquoi parler de santé au milieu des manzaraka ? À Mayotte, ces rassemblements organisés autour des mariages réunissent de nombreuses femmes, de différentes générations. Pour les acteurs de la prévention, ils constituent surtout une occasion d’aller vers un public qui ne vient pas nécessairement de lui-même chercher ces informations.

La prévention au plus près des mariages

Mayotte, Département-Région, REDECA, ASCA, CRCDC,
Une membre de l’association ASCA échange avec une participante autour des questions de santé et de prévention. Mathilde Hangard / JDM

Pour Halifa Toumani, mandataire d’ADEP, l’enjeu est de profiter de ces moments de rassemblement pour sensibiliser la population. "C’est un événement autour de la santé dans les manzaraka, tout ce qu’on nous consommons, le dépistage, et aujourd’hui c’est pour sensibiliser la population, les femmes, et nous on est là pour soutenir cela", explique-t-elle.

L’idée n’est donc pas de transformer le mariage en rendez-vous médical, mais de profiter d’un moment où les femmes sont déjà réunies pour faire circuler des informations et proposer, lorsque cela est possible, un dépistage. Cette démarche répond à un constat dressé par les acteurs de la campagne. En effet, certaines femmes restent éloignées des dispositifs de prévention et ne pensent pas forcément à se renseigner ou à se faire dépister.

"Une population qui n’a pas forcément l’habitude de se dépister" 

Mayotte, Département-Région, REDECA, ASCA, CRCDC,
Manarssana Boina, directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité de Mayotte, participe à la journée de sensibilisation organisée place de la République à Mamoudzou. Mathilde Hangard / JDM

Pour Manarssana Boina, directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité de Mayotte, il fallait donc revoir la manière de faire de la prévention. Les équipes ont souhaité "mettre en place cette campagne de sensibilisation d’aller-vers en s’appuyant sur des associations culturelles", une approche "qu’on ne fait pas d’habitude".

Habituellement, explique-t-elle, les campagnes s’appuient sur des partenaires "rodés, formés, aux droits des femmes, à la lutte contre les violences faites aux femmes, le droit à la contraception". Mais ces réseaux ne permettent pas toujours d’atteindre les femmes les plus éloignées de ces sujets.

"Ce qui nous manquait c’était une population qui n’a pas forcément l’habitude de se renseigner ou de se dépister", résume-t-elle. C’est là qu’intervient l’association Mouhamadi Noor de Bouéni. Pendant l’hiver austral, les équipes ont travaillé avec ses membres pour aller au contact des femmes, notamment lors de rassemblements organisés dans les communes. Le principe est volontairement simple. "On ramène juste le professionnel et les informations de santé, on dépiste avec la sage-femme qui est là, le CRCDC, on sensibilise", détaille Manarssana Boina.

La culture comme relais entre les générations

Mayotte, Département-Région, REDECA, ASCA, CRCDC,
Une jeune femme prend le temps de passer d’un stand à l’autre pour s’informer sur les différents dispositifs de prévention et de santé proposés lors de la journée. Mathilde Hangard / JDM

Derrière cette méthode, il y a aussi une question de transmission. Comment parler de dépistage, de contraception ou de santé sexuelle à des femmes qui n’ont pas toujours été habituées à aborder ces questions ? Et comment faire circuler ces messages entre des générations qui n’ont pas forcément le même rapport à la prévention ?

L’association joue ici un rôle de relais. Sa présidente, Dahyati Mistoihi, permet notamment de faire le lien avec des femmes plus âgées. "La présidente de l’association, Dahyati Mistoihi, elle est plus moderne, elle arrive à faire ce lien avec les personnes plus âgées, cela fonctionne très bien", souligne Manarssana Boina.

La mobilisation dépasse d’ailleurs les seules adhérentes de l’association. Les liens tissés autour de la culture permettent de faire venir d’autres femmes. "Il y a vraiment une solidarité autour de la culture, elles fonctionnent comme ça, elles s’appellent, elles se mobilisent, et nous on en profitent, pour leur proposer de se faire dépister", raconte la directrice régionale.

Les manzaraka deviennent ainsi un point de rencontre entre ces différents publics. La prévention vient s’y greffer sans être au centre du mariage, avec l’idée que les informations puissent ensuite circuler d’une femme à l’autre, d’une génération à l’autre.

Quand les questions sortent enfin

Mayotte, Département-Région, REDECA, ASCA, CRCDC,
Malika Bouti, conseillère conjugale et familiale au Département-Région de Mayotte, manie l’humour et l’échange pour aborder avec les participants les questions liées au couple et à la vie conjugale. Mathilde Hangard / JDM

Dans les communes où la campagne s’est déjà déplacée, cette proximité semble porter ses fruits. Selon Manarssana Boina, les équipes ont parfois rencontré un tel succès qu’elles ne parvenaient pas à dépister toutes les femmes qui se présentaient.

Surtout, ces rencontres permettent de faire émerger des questions qui restent parfois sans réponses. Certaines femmes profitent de la présence de la sage-femme pour parler de symptômes ou de situations qui les inquiètent. "Beaucoup nous ont dit : moi j’ai une boule dans le sein je ne savais pas quoi faire", rapporte Manarssana Boina.

Un professionnel peut alors rassurer, orienter et procéder au dépistage. Une situation qui résume à elle seule l’intérêt de cette démarche : parfois, il suffit que le professionnel soit là pour qu’une question qui n’avait jamais été posée puisse enfin l’être.

À Mamoudzou, un succès plus mesuré

Mayotte, Département-Région, REDECA, ASCA, CRCDC,
Sur la place de la République, les stands de prévention accueillent un public moins nombreux que lors des précédentes étapes organisées dans d'autres communes de Mayotte. Mathilde Hangard / JDM

Ce jeudi, à Mamoudzou, la fréquentation était toutefois moins importante que prévu. Sur la place de la République, le passage des voitures non loin et le bruit de la route nationale couvrent parfois les échanges autour des stands. La circulation est "compliquée", constate Manarssana Boina. Rien à voir avec les rendez-vous organisés dans les zones plus reculées de Mayotte, où les femmes étaient parfois si nombreuses que les équipes ne parvenaient pas à toutes les dépister.

Pour les organisateurs, l’expérience permet néanmoins de confirmer l’intérêt d’une prévention qui ne repose pas uniquement sur les structures de santé. En allant là où les femmes se retrouvent déjà, notamment lors des mariages, les professionnels peuvent toucher un public qui ne serait pas forcément venu jusqu’à eux. Et parfois, derrière un rassemblement familial, une conversation et une question posée au détour d’un stand, il y a simplement l’occasion de parler de santé autrement, sans attendre que la maladie impose elle-même la conversation.

Mathilde Hangard
Le Journal de Mayotte

Abonnez-vous au Journal de Mayotte

Toute l’actualité de Mayotte et de l’océan Indien en accès illimité, où que vous soyez.

  • Accès illimité
    à tous nos articles
  • Sur tous
    vos appareils
  • Restez informé
    alertes et newsletters
  • Soutenez un média local

Abonnement annuel

190 €/ an

  • Accès illimité au site
  • Tous vos contenus sur tous vos appareils
  • Soutien au journalisme local

Choisissez votre mode de paiement

Paiement 100 % sécurisé

En cliquant sur ce bouton, vous acceptez nos conditions générales de vente.

Météo & mer

Mamoudzou · Mayotte

Chargement des prévisions…

Météo marine

Mayotte et son lagon

…

Prévision du modèle NOAA GFS-Wave (mailles d’environ 28 km, ), lissée pour l’affichage : valeurs indicatives, atténuées dans le lagon par la barrière de corail. Ne remplace pas les bulletins officiels : vigilance Météo-France. Fond © OpenStreetMap, balisage © OpenSeaMap.