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À Mayotte, des infirmiers en formation laissés sans salaire par l’ARS

À La Réunion, des infirmiers libéraux de Mayotte tentent de devenir infirmiers en pratique avancée. Une formation cruciale dans le plus grand désert médical de France. Mais chaque mois, l’ARS tarde à verser les aides promises, plongeant ces professionnels dans une précarité absurde.

Par Mathilde HANGARD

Publié le · Heure de Mayotte

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À Mayotte, où la pénurie de médecins est chronique, les infirmiers libéraux assurent une part essentielle de l’accès aux soins. Présents sur l’ensemble du territoire, ils compensent l’absence de praticiens et garantissent une continuité de prise en charge pour des milliers de patients.

Ils ont quitté leur île, suspendu leur activité, déplacé leurs familles pour se former à un métier clé face à la pénurie de médecins. À Mayotte, les étudiants infirmiers en pratique avancée (IPA) devaient être soutenus financièrement par l’Agence régionale de santé. À la place, ils attendent, des semaines, parfois des mois. Une situation dénoncée aujourd’hui par le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (SNIIL), qui y voit un non-sens sanitaire et humain.

Une formation stratégique dans le plus grand désert médical de France 

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Sur l’île, le suivi des patients chroniques est rendu difficile par le manque de médecins. Les infirmiers en pratique avancée (IPA) sont appelés à jouer un rôle clé pour assurer la continuité des soins, adapter les traitements et éviter les ruptures de prise en charge dans un territoire en déficit médical structurel.

À Mayotte, le manque de médecins est une donnée structurelle. Pour de nombreux patients, le suivi des maladies chroniques, le renouvellement des traitements ou l’accès à une continuité des soins deviennent difficiles, parfois impossibles. C’est dans ce contexte de pénurie médicale durable que le métier d’infirmier en pratique avancée trouve son sens : pour répondre à ces ruptures de prise en charge, renforcer l’accès aux soins et permettre un suivi régulier des patients lorsque les médecins manquent.

L’IPA n’est pas un infirmier "comme les autres". Après plusieurs années d’expérience, il suit une formation universitaire de deux ans, validée par un Master. Il peut ensuite assurer le suivi de patients chroniques, prescrire certains examens, adapter des traitements, travailler en étroite collaboration avec les médecins tout en conservant une réelle autonomie.

À Mayotte, ce métier a tout d’une évidence. "L’idée, c’était de soulager les médecins, de monter en compétences pour mieux prendre en charge les patients sur le long terme", explique une infirmière libérale mahoraise, aujourd’hui en formation à l’UFR Santé de La Réunion. Mère de deux enfants, elle a quitté l’île avec sa famille pour se consacrer pleinement à ce cursus exigeant, commencé en août 2024.

Une rémunération encadrée...et des retards à répétition

Pour permettre aux infirmiers libéraux de se former sans perdre tout revenu, l’ARS Mayotte subventionne la formation à hauteur de 40.000 euros par an et par infirmier. En contrepartie, les bénéficiaires mahorais sont obligés de signer une convention : à l’issue de la formation, ils s’engagent à revenir exercer à Mayotte pendant quatre ans.

Sur le papier, l’accord est clair. Dans les faits, il se grippe. Contrairement à la majorité des autres agences régionales de santé, qui versent l’aide en une seule fois à l’année, l’ARS Mayotte a fait le choix d’un paiement mensuel. Un choix qui, mois après mois, se transforme en casse-tête financier. "Les retards sont récurrents. On passe deux, parfois trois mois sans être payés, puis ils rattrapent", témoigne l'infirmière libérale, titulaire d’un cabinet à Mayotte et actuellement en formation à La Réunion. "Mais entre-temps, on fait comment ?!". 

Certains étudiants ayant débuté leur formation en août 2025 n’ont perçu leur première aide qu’en novembre dernier. L’année précédente, le scénario était identique.

Pour l'ARS, "une combinaison de facteurs administratifs et organisationnels"

Face aux critiques, l’ARS Mayotte explique que "les retards constatés s’expliquent principalement par une combinaison de facteurs administratifs et organisationnels. La montée en charge récente du dispositif IPA à Mayotte, conjuguée à des évolutions de procédures de gestion budgétaire et de contrôle, a généré des délais supplémentaires dans le traitement des dossiers". L’agence précise que ces retards "ne remettent nullement en cause l’engagement de l’ARS en faveur du développement des IPA, qui constituent un levier essentiel d’amélioration de l’accès aux soins sur le territoire, d’autant qu’à ce jour plus aucun retard ne subsiste".

Par ailleurs, des mesures correctrices ont été mises en place. "Un travail de reprise et de sécurisation a permis une régularisation des versements qui sont à jour à date. Des ajustements ont également été opérés dans l’organisation interne afin de fluidifier les circuits de validation et d’éviter que cela se reproduise".

Concernant la proposition du SNIIL d’un versement annuel unique plutôt que mensuel, l’ARS se montre ouverte à l’étude de cette option. "Cette piste est intéressante et mérite d’être analysée, sous réserve d’en mesurer précisément les impacts juridiques, budgétaires et opérationnels, notamment en termes de sécurisation des parcours des étudiants et de soutenabilité pour la gestion publique. Plus largement, différentes modalités alternatives sont actuellement à l’étude afin de garantir un financement encore plus sécurisé et adapté aux contraintes des étudiants IPA à Mayotte". 

L’avenir des soins à Mayotte remis en question ?

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Une infirmière devant le banga d'un patient. Dans les zones reculées de Mayotte, les infirmiers exercent au plus près des patients, confrontés à des barrières sociales, linguistiques, culturelles et économiques. Un travail de terrain indispensable pour garantir l’accès aux soins dans un département marqué par de fortes inégalités.

La situation est d’autant plus délicate qu’elle touche un territoire déjà fragilisé par le manque de professionnels de santé. "Dans le plus grand désert médical de France, décourager ceux qui veulent se former et revenir travailler ici, c’est incompréhensible", résume le SNIIL. Il y a quelques mois, le syndicat national avait tenté d’alerter directement la direction de l’ARS Mayotte. Son directeur général, Sergio Albarello, aurait assuré que les retards cesseraient. "Deux mois après, on n’était toujours pas payés", déplore une infirmière.

C’est la première fois que la presse est saisie. Un signal d’alarme plus qu’un coup d’éclat. Car derrière ces retards administratifs, il y a une réalité très concrète : des soignants déjà rares, prêts à s’engager pour Mayotte, mis en difficulté par ceux-là mêmes qui devraient les soutenir. Former des IPA, c’est investir dans l’avenir des soins. Ne pas les payer à temps, c’est prendre le risque de les décourager. Et, à Mayotte, ce risque-là, le territoire ne peut plus se le permettre.

Mathilde Hangard
Le Journal de Mayotte

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