Réunir autour d’une même table des dirigeants d'entreprises privées, des cadres de collectivités et des responsables de services publics pour décloisonner les pratiques et confronter leurs méthodes de gestion. C’était l'ambition de la matinale organisée ce mercredi matin dans les locaux mahorais de la société de conseil Algoë. Fondé en 1959 et fort de près de deux cents collaborateurs pilotés depuis son siège lyonnais, ce cabinet indépendant — dont le capital appartient exclusivement à ses salariés — est un spécialiste historique de l'accompagnement des grands projets d'investissement, de mobilité, d'énergie et d'aménagement urbain. Présent de longue date dans les territoires d'Outre-mer, l'opérateur anime régulièrement à Mayotte un cercle d'échanges destiné à nourrir les compétences des décideurs insulaires par le partage d'expériences.
Pour cette session de travail, le président David Gand, à la tête de la structure depuis 2024, a choisi d'orienter les réflexions sur l'intelligence collective. Loin d'une simple conférence théorique, le format "workshop" alternait apports académiques et retours d'expériences pratiques. « Notre métier s’attache à délivrer un conseil de proximité utile, qui fait sens auprès des organisations », explique le dirigeant, rappelant que « l'enjeu est de favoriser les échanges, la transmission de contenu, voire l'apprentissage auprès d'un collectif qui compose le territoire ».
La leçon post-Chido

Dans le contexte insulaire, cette thématique résonne avec une acuité particulière. Près de deux ans après le passage dévastateur du cyclone Chido, les chantiers de réhabilitation et les urgences quotidiennes obligent les organisations locales à repenser en profondeur leurs processus décisionnels. « L'enjeu, au travers de l'intelligence collective, c'est d'appréhender la meilleure façon de fonctionner dans un collectif pour favoriser une meilleure prise de décision », souligne David Gand.
Les retours d'expérience post-crise ont ainsi directement alimenté les discussions de la matinée. Les participants ont analysé les freins, les biais cognitifs, mais aussi les mécanismes de solidarité et d'efficacité qui ont permis, dans l'urgence des mois passés, de fédérer des énergies disparates entre l'administration d'État, les élus locaux et le secteur privé pour rétablir les services essentiels. « Tout ce retour d'expérience post-Chido étaye la question de l'intelligence collective et met en perspective ce sujet », appuie le président d'Algoë, précisant que « l'agrégation des décisions et des initiatives doit nécessairement s'accompagner d'un processus en vue de fournir des résultats ».
Un ancrage de terrain

Cette matinée participative s'inscrit dans la continuité des cycles thématiques déjà déployés par le cabinet à Mayotte et à La Réunion, abordant des sujets tels que le courage managérial, l'attractivité des talents ou l'intelligence émotionnelle en milieu professionnel. « Ce groupe de dirigeants mesure l'importance de développer l'intelligence collective à l'échelle d'une organisation, mais aussi d'un territoire dans un contexte qui est celui de Mayotte, une île tournée vers le développement », salue le responsable.
Avant de poursuivre sa tournée régionale dans le bassin sud de l'océan Indien, le président du cabinet a réaffirmé la nécessité pour les structures de conseil de rester immergées dans le tissu réel des territoires. « C'est essentiel d'être au plus près des réalités de nos clients et des équipes pour projeter notre développement de manière adaptée et en lien avec les enjeux du territoire », conclut David Gand.
Dans une île en pleine mutation où les projets d'envergure mobilisent des milliards d'euros de financements publics et privés, la capacité des équipes locales à décider et agir de concert constituera la clé de voûte du développement futur.
Léo Vignal