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“50/ 50 ou rien” : les taximans réclament leur place dans le transport mahorais

Alors qu’une cinquantaine de taxis avaient été annoncés la veille, ils étaient finalement treize à mener une opération escargot jeudi dernier sur le boulevard des Crabes, à Labattoir, pour réclamer des réponses sur l’avenir de leur profession face à l'arrivée des bus en Petite-Terre.

Par Shanyce MATHIAS ALI

Publié le · Heure de Mayotte

Les taxis de Petite Terre, ont organisé une marche escargot pour ralentir la circulation entre 6h du matin et 10h. Léo Vignal / JDM

Le boulevard des Crabes était au ralenti jeudi 7 mai dans la matinée, en raison d’une opération escargot menée par plusieurs taxis de Petite-Terre. Au départ, les représentants parlaient d’une cinquantaine de véhicules mobilisés. Finalement, seuls treize taxis ont participé à cette mobilisation qui a tout de même perturbé une partie des déplacements entre Labattoir et la barge, notamment aux heures de pointe du matin.

Des usagers pris de court

Les voyageurs ont dû traîner leurs valises sur plusieurs mètres avant de rejoindre la barge ou de pouvoir trouver un taxi.

Sur les trottoirs, beaucoup d’usagers semblaient surtout surpris, en effet, certains ont découvert la mobilisation sur le moment, obligés de revoir leur trajet à la dernière minute pour rejoindre la barge ou encore l’aéroport. Des voyageurs ont dû marcher plusieurs centaines de mètres avec leurs bagages avant de trouver un taxi plus loin sur la route. « J’étais dans un bus et on a dû descendre au rond-point Four-à-Chaux à cause de la mobilisation. Là je vais devoir marcher encore vingt minutes avant d’arriver à la barge », raconte Fifi habitante de Labattoir.

Même scène pour Safina, qui devait rejoindre l’aéroport pour un vol prévu à 10 heures. « Je comprends qu’ils ont des revendications mais là c’est la population qu’ils punissent », souffle-t-elle, ses valises à la main.

« La route c’est notre bureau »

Du côté des taximans, la colère dépasse la seule question des transports. Pour Ahmed Fakhi, chauffeur depuis vingt ans, les navettes gratuites mises en place ces dernières années ont profondément modifié l’activité de la profession. Ils estiment que les taxis auraient dû être davantage associés à ces dispositifs. « C’est nous qui devions être prioritaires, pas des entreprises qui viennent prendre notre place », insiste-t-il.

Plusieurs taxis regrettent le manque de dialogue avec le Département sur la mise en place de transports en commun de Petite-Terre. (Léo Vignal / JDM)

Le chauffeur évoque également une solution de coexistence avec les futurs transports publics. Il prend notamment l’exemple d’autres territoires : « À La Réunion, les usagers paient selon la distance. Nous aussi on peut s’adapter », dit-il, en insistant sur l’idée que la profession pourrait évoluer sans disparaître. « La route c’est notre bureau, donc si on doit gêner la circulation pour se faire entendre, on le fera ! », martèle Ahmed Fakhi.

Face à ces revendications, le Département-Région de Mayotte, par la voix d’Ali Omar, troisième vice-président chargé des Transports et de la Transition écologique, que nous avons pu contacter, dit "entendre les inquiétudes des taximans de Petite-Terre et rester attentif à leurs difficultés". Il rappelle toutefois que "la réglementation des taxis relève principalement des communes et de l’État, et que la collectivité concentre son action sur les mobilités et les infrastructures routières. Les questions liées à la situation économique et sociale des chauffeurs, aux conditions d’exploitation ou encore aux obligations professionnelles s’inscrivent également dans un cadre réglementaire national. Les professionnels du transport de personnes sont par ailleurs soumis à un certain nombre d’obligations réglementaires, notamment en matière d’autorisation d’exercer, d’assurance, de sécurité des usagers, de respect des règles de circulation et de conformité des véhicules.

Pour sa part, le Département intervient dans le champ plus large des mobilités et de l’aménagement du territoire, notamment à travers les infrastructures routières départementales et les réflexions engagées autour de l’amélioration des déplacements des usagers. Dans ce cadre, la collectivité reste attachée au dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés afin de favoriser des solutions adaptées aux réalités de Petite-Terre et aux besoins de la population.

Concernant les contraintes d’infrastructures évoquées, le Département est pleinement conscient des spécificités du réseau routier de Petite-Terre. Toute réflexion relative au développement des transports collectifs doit intégrer les enjeux de sécurité, d’accessibilité et de circulation, en tenant compte des caractéristiques des voiries existantes", nous a-t-il dit.

Une transition compliquée

Depuis longtemps, les taxis occupent une place centrale dans les déplacements sur l’île, dans un territoire où les transports publics ont longtemps été peu développés. Mais avec l’arrivée progressive du réseau Caribus et le développement des bus, le modèle historique des taxis se retrouve "fragilisé".

L'inauguration officielle des transports en commun de la Région de Mayotte devrait avoir lieu mi-mai. (Léo Vignal / JDM)

Comme l'explique Mohamed Hamissi, spécialiste des transports, le territoire est en pleine transition et les tensions actuelles montrent surtout les difficultés à faire évoluer les transports sans laisser une partie des acteurs de côté. «  Le développement des bus est important pour le pouvoir d’achat, pour l’environnement, mais aussi pour permettre à chacun de se déplacer plus facilement ».

Cependant, il rappelle que les taxis restent indispensables dans certaines zones, notamment rurales ou moins accessibles en raison des infrastructures routières du territoire. « On ne peut pas copier simplement ce qui existe à Paris ou à La Réunion, l'île a ses propres réalités », souligne-t-il.

Selon lui, l’erreur serait d’opposer bus et taxis alors que les deux systèmes doivent être pensés comme complémentaires. Un travail d’intégration des taxis collectifs dans le réseau de transport public existe déjà, certaines coopératives participant même à certaines lignes en Grande-Terre.

Les taximans menacent de durcir le mouvement

À la fin de la mobilisation, les taximans ont assuré qu’il ne s’agissait « que d’un avertissement » et non d’une grève générale. Mais ils préviennent déjà que sans réponse des autorités, le mouvement pourrait rapidement se durcir avec le soutien des intersyndicales de taxis de Grande-Terre, au risque de paralyser une grande partie du territoire.

Shanyce MATHIAS ALI.
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